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Retraite

Retraite progressive dès 60 ans

Cumul activité à temps partiel et fraction de pension dès 60 ans : conditions, calcul et démarches pour la retraite progressive.

Publié le 29 avril 2026Mis à jour le 10 octobre 20265 min de lecture
Organisation d'un calendrier de retraite progressive

Travailler à 60 % et toucher 40 % de sa pension : la retraite progressive permet exactement ce calcul, et le dispositif reste curieusement méconnu, autant des salariés que de certains services RH. Depuis septembre 2023, il est pourtant ouvert à toutes les catégories (salariés du privé, fonctionnaires, libéraux) avec des conditions d'accès claires et un effet concret sur le montant final de la retraite.

Présenter cette mesure comme une simple « sortie en douceur » serait passer à côté de son intérêt. C'est avant tout un outil d'optimisation. Les trimestres cotisés pendant la période progressive entrent dans le calcul de la pension définitive. Pour un salarié de 61 ans avec un salaire élevé, continuer à cotiser deux ou trois ans à 60 % du temps peut valoir davantage que les quelques mois de pension partielle perçus en avance.

Ce qu'il faut réunir pour y accéder

L'art. L. 161-22-1-5 du Code de la sécurité sociale (issu de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, en vigueur depuis le 1er septembre 2023) pose trois conditions cumulatives, précisées par décret : avoir au moins 60 ans, justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance tous régimes de base confondus (art. R. 161-19-5), et exercer une activité à temps réduit comprise entre 40 % et 80 % d'un temps complet (art. R. 161-19-6).

L'âge d'accès ne dépend plus de l'année de naissance. Longtemps fixé à deux ans avant l'âge légal, il est de 60 ans pour toutes les générations depuis le décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025, applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025 (art. D. 161-2-24 CSS). Un salarié né en 1966, dont l'âge légal est fixé à 63 ans et 3 mois, peut donc demander la retraite progressive plus de trois ans avant.

Le seuil de 150 trimestres est généralement atteint bien avant le départ effectif. Une vigilance particulière s'impose néanmoins pour les parcours hachés : un salarié ayant connu plusieurs années de chômage non indemnisé, ou un travail à temps très partiel, peut se retrouver à quelques trimestres du seuil à 60 ans. Un coup d'œil au relevé règle la question en amont.

Le calcul de la fraction de pension

La formule est mécanique : fraction de pension = 100 % − taux d'activité conservé.

Un salarié qui maintient 60 % de temps de travail perçoit 40 % de sa pension théorique. Cette pension théorique se calcule comme si la liquidation intervenait à la date de la demande, sur la base du salaire annuel moyen des 25 meilleures années, du nombre de trimestres validés à cette date, et du taux qui en résulte.

Pendant toute la durée de la retraite progressive, les cotisations continuent de courir sur la rémunération à temps partiel. Ces trimestres supplémentaires allongent la durée d'assurance validée ; ils peuvent améliorer le SAM si les années concernées entrent dans les 25 meilleures ; ils font monter le taux de liquidation quand le salarié n'avait pas encore atteint le taux plein.

À la liquidation définitive, la pension est intégralement recalculée en tenant compte de tout ce qui s'est accumulé depuis la demande initiale.

Ce que dit réellement la loi, et les marges de l'employeur

Les articles L. 161-22-1-5 à L. 161-22-1-9 CSS, complétés par les articles D. 161-2-24 et suivants, fondent le droit à la retraite progressive. L'employeur ne peut pas refuser une demande au seul motif qu'il préférerait garder le salarié à temps plein. Son unique levier de refus : démontrer l'incompatibilité de la durée de travail demandée avec l'activité économique de l'entreprise (art. L. 3123-4-1 du Code du travail ; art. L. 3121-60-1 pour les salariés au forfait en jours). Il a deux mois, à compter de la réception de la demande, pour répondre par écrit et motifs à l'appui. Passé ce délai, son accord est réputé acquis.

La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a durci l'exercice. La justification doit désormais rendre compte des conséquences de la réduction sur la continuité de l'activité de l'entreprise ou du service et, si un recrutement s'impose, des difficultés à y procéder sur le poste concerné. Un refus tenant en une ligne ne répond plus à cette exigence.

En pratique, les employeurs acceptent le plus souvent sans discussion. Ils gardent un salarié aguerri à coût réduit, généralement sur une mission de transmission : l'équilibre arrange les deux parties.

Depuis la réforme de 2023, le dispositif est également ouvert aux fonctionnaires (depuis le 1er septembre 2023) et aux professions libérales. Pour un cadre territorial ou un médecin libéral, qui n'y avaient pas accès auparavant, cette ouverture modifie les scénarios de fin de carrière.

Exemple concret

Marc, 61 ans, cadre dans un groupe industriel, né en juin 1965 (âge légal à 63 ans). Il a validé 158 trimestres, son salaire brut moyen tourne autour de 5 400 € mensuels.

Il passe à 60 % de temps de travail. Sa pension théorique, calculée à la date de la demande sans taux plein (il lui manque 13 trimestres sur les 171 exigés pour sa génération), s'élève à environ 1 280 € bruts par mois, avec décote. Il en perçoit 40 %, soit environ 512 €.

Sur deux ans, il valide 8 trimestres supplémentaires et son SAM s'améliore légèrement (ses dernières années étant parmi ses meilleures). À la liquidation à 63 ans, sa décote s'est réduite et son montant mensuel définitif est supérieur d'environ 95 € à ce qu'il aurait obtenu en partant à 63 ans sans retraite progressive. Un gain net significatif, obtenu en continuant à cotiser deux ans en temps partiel.

La démarche, en pratique

Tout commence par un relevé de carrière à jour, à demander auprès de la CNAV via info-retraite.fr : il s'agit de vérifier le nombre de trimestres validés et d'identifier d'éventuels manquants. Ce diagnostic préalable évite les mauvaises surprises au moment du dépôt.

Vient ensuite le dialogue avec l'employeur. Le salarié l'informe de son projet et s'assure que la réduction de temps s'organise dans le poste. Cette discussion porte le plus souvent sur une redistribution des missions, pas seulement sur un pourcentage horaire. La demande proprement dite se dépose auprès de la CNAV (ou CARSAT selon la région), accompagnée du justificatif du contrat à temps partiel signé.

Cas particulier : pour les fonctionnaires, la demande passe par la CNRACL (territoriaux et hospitaliers) ou par le SRE (État), avec l'accord de réduction de service délivré par l'autorité d'emploi. La complémentaire AGIRC-ARRCO entre également dans le calendrier. La retraite progressive déclenche sa liquidation partielle selon les mêmes règles de proratisation, volet à traiter en parallèle.

Le délai d'instruction est, en général, de deux à trois mois. À prévoir avant la date souhaitée de réduction du temps de travail.

Pour aller plus loin

Cet article éclaire la règle générale. Votre calendrier dépend de votre parcours.

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